Interprète en langue des signes.

Joindre le geste et la parole

 

Interprète en langue des signes, Juliette accompagne les personnes sourdes dans leurs rendez-vous de la vie quotidienne. Son rôle : permettre aux deux personnes de communiquer, comme si elle n’était pas là…

 

« Le rôle de l’interprète, c’est de faire en sorte que les gens se comprennent. Nous faisons un pont entre deux langues, deux cultures différentes. » Juliette Huard est interprète en langue des signes à l’URAPEDA Bretagne, une association qui vise à favoriser l’insertion des personnes sourdes dans la vie sociale.
Quotidiennement, Juliette accompagne des personnes sourdes ou malentendantes dans leurs rendez-vous pour traduire leurs discussions avec des personnes entendantes. Visites chez le garagiste, l’avocat ou le médecin spécialiste, rendez-vous administratifs… Les situations de traduction sont extrêmement variées. « Les personnes font appel à nous lorsqu’elles ont besoin d’avoir une information précise et fiable », indique-t-elle.

 « Comme si je n’étais pas là… »

Lorsque Juliette a un rendez-vous, elle s’arrange pour arriver en avance. « J’aime bien savoir avant de commencer l’entretien comment communique la personne sourde. Car toutes les personnes n’ont pas le même niveau de maîtrise de la langue », explique-t-elle.
Il faut ensuite s’adapter à la situation de communication, aux interlocuteurs et au thème de la discussion. Soumise au secret professionnel, l’interprète doit traduire fidèlement la conversation. Elle doit également rester la plus neutre possible, sans donner son avis. « Pendant la discussion, je me positionne de manière à ce que l’interlocuteur s’adresse à la personne sourde de manière naturelle, et non à moi. Les deux personnes doivent communiquer comme si je n’étais pas là. Concrètement, je suis à côté de la personne entendante, un peu en retrait, et je fais face à la personne sourde ».
En une journée, Juliette peut ainsi assurer entre deux et cinq traductions. Son emploi du temps est fixé le vendredi pour la semaine suivante. « Pas deux semaines ne se ressemblent. Je peux parfois travailler le soir, parfois aussi le week-end. Certaines semaines sont plus chargées, je sais que mon emploi du temps va être difficile à tenir.  Il y a un peu de stress quand un rendez-vous prend du retard et qu’il faut enchaîner avec un autre à la suite… »

Des situations variées

Outre les rendez-vous de la vie quotidienne, Juliette peut être sollicitée pour d’autres situations de traduction. « J’interviens dans le cadre de la formation professionnelle ou universitaire. Les étudiants peuvent faire appel à nous pour traduire un certain nombre d’heures de cours dans leur semaine. On traduit également des rendez-vous à Pôle emploi, des entretiens d’embauche pour des demandeurs d’emploi. Je peux intervenir en entreprise lors de réunions de travail. Il y a aussi les temps de permanence téléphonique proposés par l’URAPEDA pendant lesquels nous traduisons des appels téléphoniques pour les personnes mal-entendantes. Enfin, je participe à de nombreux festivals ou manifestations culturelles car l’URAPEDA a des partenariats avec le Musée des Beaux-Arts, les Champs Libres à Rennes… Sur toutes les expositions, il y a au moins deux visites d’organisées avec un interprète. »

Préparer son intervention

Pour faire face à ces situations diverses et parfois techniques, la préparation est primordiale. « Mon emploi du temps prévoit un temps en face à face et un temps de préparation des rendez-vous. Avant les rencontres, j’effectue des recherches sur Internet pour me documenter sur le sujet abordé. Lorsque je dois intervenir à la fac, je contacte l’enseignant pour essayer d’avoir son cours à l’avance. Intellectuellement, le travail d’interprète est très dense. Certaines situations demandent de traduire en permanence. Pour les situations qui dépassent deux heures avec beaucoup de contenus nous intervenons à deux interprètes. »
Capacités d’adaptation, d’organisation, discrétion, ponctualité sont des qualités essentielles pour exercer le métier d’interprète. « Il faut aussi une bonne culture universitaire, avoir l’habitude des notions théoriques pour traduire des cours à la fac, par exemple ». Et bien sûr des qualités relationnelles. « Les personnes sourdes sont sensibles à ce qu’on dégage. Le sourire est important.»

Parcours. Biologie et langue des signes…

Juliette a suivi des études de biologie à l’université jusqu’au master 1. En parallèle à ses études, elle prend des cours de langue des signes, par intérêt personnel.
« J’ai envoyé des CV pour obtenir un emploi en rapport avec la langue des signes, explique-t-elle. J’ai obtenu un poste comme accompagnatrice scolaire à l’URAPEDA en 1999».
De 2002 à 2004, Juliette suit ensuite une formation d’interprète à l’ESIT  (École Supérieure d’Interprètes et de Traducteurs), financée par l’URAPEDA. « Je n’ai pas obtenu mon diplôme à la fin de la formation. Je l’ai repassé en VAE* quelques années plus tard ».

*VAE : validation des acquis de l’expérience. La VAE  permet à toute personne de faire reconnaître les connaissances et compétences acquises par son expérience professionnelle et de les faire valider par un diplôme.

Publié le 21/06/2015 sur le site NADOZ.org