Accueil
Urapeda Bretagne


 



 

Pôle Etudiants


Un bon millier d'étudiants ont pu bénéficier des services des URAPEDA

Christine Perrin est coordinatrice du Pôle étudiant pour l'URAPEDA Bretagne ; ce qui conduit a organiser l'accès aux études pour une trentaine de jeunes, tous les ans sur tout le territoire breton qui compte 5 universités, des écoles d'ingénieurs et les lycées pour les classes prépa ou les BTS. Dans cette interview, elle nous présente l'intérêt et le fonctionnement de l'URAPEDA, qui en France forme chaque année un bon millier d'étudiants.

Quelles sont les raisons de la création du service d'accompagnement des étudiants sourds de l'Anpeda, sa date de création et son importance ?
Je ne suis pas la mieux placée pour répondre à cette question car en fait avant que des professionnels comme moi ne soient appelés pour organiser ces services, ce sont des parents qui tout d'abord se sont mobilisés. Ils l'ont fait suivant en cela leur désir profond d'une communauté de destin pour leur enfants sourds. Cela commence avec la volonté de voir leur enfant intégrer la maternelle du grand frère, ensuite cela continue en école primaire puis au collège, lycée et enfin à l'université.

Au début, cette idée d'intégration n'était pas sans ambiguïté et s'accompagnait souvent d'un déni de la surdité avec une exigence de la normalisation implacable dont le souvenir est tel que le mot intégration revêt encore pour beaucoup de personnes sourdes une connotation négative. Depuis les esprits ont évolué et on assiste de plus en plus à une prise en considération d'une nécessaire adaptation du milieu ordinaire afin que, comme le dit si bien J.H. Sticker, la personne sourde puisse y vivre ent étant " soi-même avec les autres ". L'Anpeda constitue un réseau national d'associations de parents dont la régionalisation de certaines activités via les URAPEDA date des années 90. En janvier 90, le CESENS (Centre Européen d'intégration et de préparation des sourds à l'enseignement supérieur), l'INJS de Chambéry et l'Université de Savoie s'associent pour créer un dispositif multi-pôle d'accompagnement. L'Anpeda soutient cette démarche et s'engage elle-même, dès la rentrée universitaire 90/91, en créant un pôle Ile de France et un Pôle Roussillon porté par une association adhérente l'ARIEDA à Montpellier.

L'essaimage ici ou là de ces accompagnements que nous appelons les pôles Etudiants se poursuivra dès 1993 via les Unions Régionales (URAPEDA). Ainsi, ce sont un bon millier d'étudiants qui depuis cette date et à travers toute la France ont pu bénéficier de ces services.Avec le recul, nous constatons que les résultats aux examens sont plutôt au dessus de la moyenne nationale et surtout nous assistons à une élévation très nette du niveau d'étude puisqu'il est maintenant courant pour nous d'accueillir des jeunes du second cycle voire du troisième cycle.

En quoi ce réseau se différencie t'il du réseau d'accompagnement créé par le RESEDA ? Et estimez-vous que ces deux réseaux couvrent toute la France ?

Il s'en différencie essentiellement par son histoire. D'un côté, ce sont les parents qui prennent toujours plus d'initiatives pour leur enfants et leurs jeunes, au point de créer des services pour pallier les manques existants. De l'autre, ce sont des professionnels de la surdité et de l'éducation nationale qui veulent accompagner des jeunes sourds dans leurs ambitions.

A l'évidence nos buts sont les mêmes et se rejoignent au point que nous fonctionnons en complémentarité et qu'ainsi nous couvrons à peu près avec nos deux réseaux, le sol français et d'outre mer. Il y a cependant, deux ou trois régions ou la création de ces services en est encore à un état embryonnaire et qui laisse et l'université, et les jeunes sourds assez démunis

Quel est exactement l'objet des pôles étudiants ?
C'est justement l'organisation de cet être soi-même dont je parlais tout à l'heure. Cela commence par pouvoir choisir son orientation.
En effet, avant que les Pôles Etudiants n'existent les jeunes bacheliers sourds s'interdisaient une véritable interrogation sur leurs capacités, leurs préférences, leurs compétences pour s'accommoder tant bien que mal des quelques filières adaptées qui leur étaient offertes. Comment en effet envisager un véritable travail d'orientation lorsque l'offre se réduit à 3 ou 4 filières pendant que pour la même région ce sont plus de 250 filières qui sont à la disposition des autres bacheliers ! Alors nous avons en quelque sorte inversé la démarche en proposant d'intervenir et d'adapter les études là où les jeunes décideraient de s'inscrire. Cela correspondait sûrement à une attente, car, du jour au lendemain, la diversité des filières choisies était patente, des beaux arts aux mathématiques en passant par les sciences de la communication la psychologie ou encore la production animale tous les secteurs étaient représentés
Ensuite nos actions se déploient sur deux axes. Tout d'abord, du côté des étudiants, nous les accueillons, nous les initions aux différentes mesures d'intégration qu'ils ne connaissent pas ou mal. De même, les aidons à mieux définir leurs besoins car c'est en effet la première fois dans leur parcours qu'ils sont directement associés à la définition des moyens mis en oeuvre pour leur intégration. Je dois préciser que tout ce travail auprès de étudiants se fait dans le respect du ou des mode(s) de communication qu'ils ont choisi(s).

Du côté des universités, ou de tout autre lieu d'accueil, comme les lycées pour les BTS, ou les écoles d'ingénieurs, nous sommes des relais. Relais, parce que nous connaissons la surdité et que notre conseil permet d'éviter que le parcours des jeunes étudiants sourds ou malentendant ne se transforme, soit en un parcours du combattant, soit en un régime privilégié, nous contribuons ainsi à garantir une certaine équité entre les étudiants entendants et les étudiants sourds.

Relais parce que les mesures nécessaires sont la plupart du temps des aides techniques humaines qu'il faut trouver, sélectionner, embaucher, et dont il faut également assurer le suivi. Relais enfin car nous apportons des compléments de financements pour toutes ces mesures.

Quelles sont les aides et les accompagnements que vous apportez aux étudiants ? Ces mesures d'accompagnement à l'intégration qui sont actuellement en cours de reconnaissance sous l'appellation compensation du handicap, sont de deux sortes, d'une part celles qui permettent l'accès aux cours et qui consistent, soit à améliorer la réception sonore, soit à rendre visible ce qui ne peut être entendu par le jeune sourd, d'autre part celles qui indirectement compensent les pertes d'information et/ou les lacunes de formation des jeunes. Les premières se déroulent pendant les cours et les secondes s'organisent en amont ou en aval du cours. L'énumération de ces mesures serait fastidieuse aussi je préfère vous les présenter sous forme de tableau (voir la page).
Par rapport à ce tableau, je dois dire, en premier lieu, que toutes les actions possibles n'y sont pas représentées, car dans notre partenariat avec les universités, nous les incitons à inventer également des solutions qui leurs sont propres, ainsi l'université de Rennes 1 adapte l'enseignement de l'anglais via Internet pour les étudiants sourds. Ensuite, je précise que la définition des mesures dépend autant des différentes situations de communication que de l'étudiant. Ainsi tel étudiant qui utilise essentiellement l'interprétation en LSF aura recours à d'autres solutions pour tel cours dicté, ou encore, tel malentendant qui s'appuie essentiellement sur ses aides techniques me demandera un preneur en notes avec l'arrivée, en cours d'année, d'un professeur au fort accent étranger. Je pourrais ainsi continuer indéfiniment la liste des ajustements que nous sommes conduits à faire, d'abord, juste après la rentrée et ensuite tout au long de l'année. C'est, en partie, ce que j'appelle le suivi d'intégration et s'il faut sacrifier aux modes langagières et l'appeler ingénierie d'insertion pour que cette compétence soit reconnue comme telle, je le ferai volontiers.

Enfin pour finir j'aimerais aborder la problématique de la tierce personne qui est représentée dans la dernière colonne du tableau. En effet, actuellement on tend à assimiler surdité et LSF, en laissant tout de même la possibilité du codage LPC pour certains. Or bon nombre de jeunes étudiants sourds profonds ne se reconnaissent ni dans l'une, ni dans l'autre de ces pratiques, soit parce qu'ils sont devenus sourds récemment, soit parce qu'ils n'ont connu qu'une sorte d'intégration sans adaptation particulière.

Cela n'en fait pas pour autant des entendants et nous devons pour eux trouver des solutions de type tierce personne comme les étudiants répétiteurs qui non seulement prennent en note à côté d'eux mais parce qu'ils sont de promotions supérieures assortissent leurs notes d'explications pédagogiques. Ainsi, ce n'est pas la pratique de la LSF ou du LPC qui conduit à la problématique de la tierce personne mais bien un niveau de surdité important qui lorsqu'il est attesté nécessite qu'on se pose cette question pour toutes les personnes sourdes en situation de communication en groupe.

Avez-vous les moyens financiers de vos objectifs ?
Ce champ d'intervention est semble-t-il encore nouveau et prend les différents responsables de court, aussi sommes-nous contraints à rechercher les financements nécessaires à la mise en oeuvre de ces mesures.
L'éducation nationale principal partenaire sur le terrain, participe de fait puisqu'elle accueille les jeunes, elle participe également, plus ou moins financièrement, mais s'interroge sur les limites de sa responsabilité dans ce domaine surtout à l'occasion de dossiers qui impliquent la présence de tierces personnes et qui du coup peuvent atteindre 23000 euros pour une année. L'autre partenaire important c'est l'AGEFIPH. Important parce que c'est le premier qui se soit engagé sur ces actions d'insertion en milieu universitaire et important également par la part qu'il y consacre car cela reste notre principal financeur. Cela étant, la règle de limitation de son intervention à 9150 euros pénalise les étudiants les plus sourds et nous oblige à rechercher d'autres financeurs comme le FSE par exemple.
En fait, tant que la France n'aura pas adopté une politique claire et inscrit dans ses lois l'obligation de répondre à la nécessité de tierce personne pour les personnes sourdes, nous serons, nous, ballottés entre plusieurs financeurs chacun ayant ses propres légitimités à répondre plus ou moins favorablement à nos demandes.
Jusqu'à présent nous avons réussi bon an mal an, à rassembler les financements nécessaires à nos actions tout en dispensant les jeunes et leurs parents de ce souci, mais cette situation, non-pérenne, souligne la précarité de nos actions.

Est-ce pour cela qu'elles s'exercent encore au sein d'associations d'usagers ? Pensez-vous être proche des préoccupations et des espoirs des étudiants que vous accompagnez ?
Je ne me pose pas tout à fait ce type de question, mais pour le dire autrement, je pense que les étudiants qui nous fréquentent ne perdent pas tout à fait leur temps ! En effet, au delà des aménagements que nous organisons pour leurs cours nous avons des dialogues réguliers afin de les aider à définir, et les obstacles dus à la surdité, et les moyens de les surmonter. Ces échanges avec nous, mais également avec d'autres étudiants sourds ou malentendants, leur permettent de mieux appréhender leur surdité et ainsi d'aborder le champ professionnel et social d'une façon plus sereine et plus pertinente.

Est-ce que la société est plus à même que par le passé de leur proposer des débouchés professionnels valables ?
J e pense que la question ne se pose plus tout à fait comme cela car en effet il ne s'agit tant de placer des personnes sourdes que de faire se rencontrer d'un côté des jeunes qui ont des compétences à offrir et de l'autres des entreprises qui ont besoin de ces compétences. Cette évolution est due sûrement à un changement de mentalité dans nos sociétés, porté par les actions des associations, mais également, à un effet de la loi de 87 qui est une injonction en direction des entreprises pour l'embauche de personnes dites handicapées. Grâce à cette loi l'AGEFIPH a pu soutenir financièrement des actions d'insertion et a mis en place son réseau cap emploi qui travaille en ce sens auprès des entreprises.

Dans quels secteurs en particulier ?

De ce point de vue nous avons véritablement tourné une page de notre histoire car il n'est plus question de retrouver systématiquement des aveugles aux standards téléphoniques et des sourds dans les chantiers ! Il n'y a plus de secteurs particuliers et on a tous en tête des parcours qui de ce point de vue sont édifiants comme tel jeune sourd, conseiller en élevage bovin, ou tel autre ingénieur en informatique qui a rejoint un groupe action/recherche, ou encore tel autre qui participe à un laboratoire de psychologie.

. Cela étant, est-ce que tout est ouvert ? est-ce que tout est possible ? Je connais actuelle-ment une jeune femme sourde profonde qui vient de se voir refuser son entrée en année supérieure en école d'infirmière au prétexte de sa surdité. Cette jeune femme pense pourtant que sur certains postes, elle pourrait exercer son métier. Qui a raison ? elle ? ou les responsables de la santé publique qui par cette décision veulent défendre l'intérêt des patients ?Vous voyez, comment au fur et à mesure que nous avançons, d'autres questions se posent, graves, et que nous ne pouvons négliger.

Estimez-vous que votre association contribue à l'existence de bonnes relations entre les étudiants sourds et les entendants ?
Je ne pense pas que nous soyons là pour garantir une bonne entente entre les étudiants sourds et les entendants mais il est certain que nous contribuons nettement à une meilleure connaissance des étudiants entendants vis à vis des étudiants sourds et réciproquement. Et si cette meilleur connaissance conduit par endroit à une franche "engueulade" n'est-ce là aussi un signe d'intégration réussie !

 

 

 

Copyright © 2003 urapeda.bretagne.fr.st Tous droits réservés.

 

 

Pôle étudiants


- retour sommaire

 


Fonds social européen