Langue des signes : « Je traduis la vie »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dire qu’Annaig Le Naou est une passionnée des autres, des cultures et des langues est un euphémisme. Elle en est dingue.

En Finistère

Interprète en langue des signes française dans le Finistère depuis 2008, elle intervient par le biais de l’Urapeda (Union régionale des associations de parents d’enfants déficients auditifs), au sein du service d’interprétation et d’accompagnement à la vie sociale.

Se familiariser avec une nouvelle langue

La passion pour les langues, elle l’a depuis petite et son parcours (maîtrise de Lettres classiques, licence de Breton) l’a amenée à se familiariser avec l’univers d’une nouvelle langue, celle des signes : un véritable coup de foudre.Je n’imaginais pas cette dimension, c’est une autre réalité : là où il y a une langue, il y a une culture, une histoire et donc de nouvelles valeurs à transmettre, explique Annaig Le Naou. C’est sur un coup de tête qu’a Rennes, elle a poussé la porte d’une association de personnes sourdes. Je n’avais aucune notion de signes, j’ai tout de suite compris l’importance du visuel.

L’apprentissage d’une culture

Très vite, elle a commencé les cours hebdomadaires et s’est immergée dans l’univers des Sourds qui sont devenus des amis et a ajouté une corde à son arc : la connaissance de leur culture. La révélation est devenue une évidence et Annaig Le Naou a décidé d’en faire son métier. Elle a intégré un Master d’interprète à Lille et a professionnalisé ses acquis durant deux ans.

Traduction de la vie sociale

Aujourd’hui, l’interprète a un quotidien aussi divers que varié : J’interviens pour tout ce qui nécessite le besoin d’être compris, je traduis la vie, résume-t-elle. Annaig Le Naou traduit la vie sociale en général : réunion parents/profs, rendez-vous chez le médecin, formation, gendarmerie, code de la route… Mais aussi des conférences, des tables rondes, des débats, des films, des spectacles : les possibilités sont infinies… J’apprends tous les jours et suis en formation permanente.

Secret professionnel, neutralité absolue, fidélité

Au-delà des capacités d’adaptation et des temps de préparation nécessaire pour connaître le vocabulaire et le contexte dans lequel elle intervient, l’interprète doit respecter une déontologie fondamentale : le secret professionnel, la neutralité absolue et la fidélité. Il faut assurer qu’il n’y ait pas de vides linguistiques, je reçois un message, le déverbalise, j’en extrais le sens, le ton et l’intention avant de le retransmettre dans sa langue d’arrivée, en toute neutralité. Annaig le Naou participe aussi à transmettre les valeurs d’une culture minoritaire et le fait avec passion.

 

 

 

 

 

 

 

 

MÉTIER : POUR ALLER PLUS LOIN

■ Quel parcours ?

On compte environ 400 interprètes en activité en France, alors qu’il y a 5 millions de Français sourds ou malentendants. Les besoins sont estimés à 3 000 professionnels.
La formation est très sélective. Elle est accessible aux bac + 3, dure deux ans et nécessite de connaître et de pratiquer la langue des signes française.
Cinq universités délivrent le master de linguistique, spécialité interprétation français/langues des signes : Lille III, Paris III, Paris VIII, Rouen et Toulouse.

■ Compétences

Ce métier est un engagement pour et avec les autres. Il nécessite d’être flexible, mobile, réactif.
L’interprète doit faire preuve de méthode et de rigueur.
Il doit être capable de comprendre les enjeux de la discussion qu’il traduit, il doit être concentré pour décrypter les non dits et se rapprocher au mieux des intentions.
Il doit être bilingue et biculturel pour maîtriser les codes et la culture des personnes sourdes.

■ Salaire

Il est fonction de la structure dans laquelle on évolue.
Les salaires de base sont assez modestes au regard des cinq années d’études, mais peuvent être améliorés avec une spécialisation, des vacations…

Par Anaïs Briec – Publié le 28/11/2015 sur le site Côté Brest.com